Les premières fois… l’ouragan !

Octobre 2016, l’ouragan Mathew après avoir fait pas mal de remue ménage sur les Antilles est annoncé comme un ouragan de catégorie 5 (sur une échelle de 5) en Jamaïque… L’activité météorologique est très sérieusement surveillée sur la zone Caraïbe. Nous rafraîchissons régulièrement la page du site du National Hurricane Center pour nous tenir au courant. L’annonce a été faite il y a deux – trois semaines, et s’est précisée petit à petit.

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… Et là, c’est sûr ça va souffler !

Nous sommes arrivés depuis deux mois sur l’île, installés dans notre nouvelle maison depuis quelques semaines. Nous cherchons encore les interrupteurs, et voilà Mathew qui a décidé de venir voir comment ça se passait.

Je commence par des courses… Réflexe animal de mère nourricière ? Peut-être, mais il n’est surtout pas question de me retrouver dans le rush du dernier moment, je ne connais pas encore bien la ville. J’achète pâtes, conserves, eau, chocolat, savon, oeufs, farine, lampes de poche, bougies, ouvre boîte, outils et médicaments… certains magasins distribuent des checks lists, il y en a dans les journaux, sur les réseaux sociaux. Je suis étonnée de voir que les jamaïcains prennent ça avec un peu de légèreté, c’est vrai qu’à plusieurs reprises ces dernières années, il y a eu des annonces et puis finalement rien. Alors certains n’y croient pas vraiment.

Nous, nous préparons. Les pleins de la réserve de carburant du groupe électrogène, de la voiture sont faits, on vérifie, revivifie les courses…

Toujours en veille sur la page internet du Centre de Surveillance des Ouragans : oui il arrive, et il grossit.

La ville est en effervescence, c’est vendredi et le rendez-vous avec le monstre est prévu samedi / dimanche. Mon mari me demande de prendre du vin (on ne sait pas combien de temps ça va durer, et même en Jamaïque dans un ouragan, on reste français !). Et zut, me voilà dans le rush de tous les gens qui n’ont pas pu faire leur courses pendant la semaine… pas très à l’aise à la caisse quand tout le monde achète des bouteilles d’eau et des conserves et que moi j’ai des Pringles et du vin (et sûrement un peu de rhum). Le genre de moment où je suis contente de disparaître dans l’écran de mon téléphone pour envoyer un message à une copine (qui pourrait comprendre ma détresse 😉 )!

A la maison, des planches ont été vissées sur les fenêtres pour les obstruer, du scotch en croix sur celles qui n’ont pas de planches pour limiter la course des éventuels carreaux brisés. Sur les conseils de locaux ayant vécu les éditions précédentes, on écarte les meubles des fenêtres, on débranche les appareils électriques que l’on n’utilise pas, on vérifie que l’on est capable d’ouvrir la porte du garage et le portail sans les télécommandes.

Un petit contrôle sur internet : il continue sa progression vers la Jamaïque.

Je sors un sac étanche, j’y glisse une tenue pour chacun, nos passeports, du cash, un couteau, des sacs poubelles, un paquet de biscuits, un plan papier de Kingston (et oui on n’aurait plus internet !) et une trousse de secours avec une couverture de survie. Cette liste est le fruit de mes réflexions du moment, j’y aurais volontiers ajouté une ou deux paires de belles chaussures et une jolie robe, mais ce n’était pas dans l’esprit de ce sac. Nous vérifions notre inscription au Fil d’Ariane pour que les autorités françaises nous sachent sur l’île.

Internet : y a-t-il une mise à jour de la carte de trajectoire calculée par le Centre de Surveillance des Ouragans ? La page reste ouverte sur tous les appareils de la maison connectés (non je ne les compte pas il y en a trop). Nous y revenons tous (même les enfants !) régulièrement dans la journée.

Les informations locales exhortent les jamaïcains à se préparer. Ils demandent à chacun de se tenir prêt, les habitants de bâtisses légères sont évacués vers des gymnases, des salles communautaires. Mais beaucoup refusent car ils craignent d’être volés. Le pillage est presque plus craint que l’ouragan lui même, en particulier par les propriétaires de magasins. Je vois passer sur les réseaux sociaux une photo d’une grand mère qui porte un frigidaire sur son dos au beau milieu d’une énorme tempête ! Incroyable, j’aurais dû garder cette photo.

Nous essayons de faire le tour de tous les « au cas où… », un sac de golf dans l’entrée pour taper sur d’éventuels méchants, un matelas dans notre chambre pour regrouper les couchages de la famille dans une seule pièce. Nous avons une grande maison dans un quartier résidentiel… ça peut faire envie.

Et puis voilà, je crois qu’on est prêts, je fais des pizzas, deux poulets, un peu de pain et un gâteau au chocolat. On téléphone à la famille en France où les médias commencent tout juste à parler de Mathew. Il ne faut pas s’inquiéter. On se sent prêts.

Internet : vérifions la carte…

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Il n’y a plus qu’à attendre, il va arriver et ça va être très fort. Jamaïcains qui vivez dans les maisons des petits cochons, préparez vous ! Ne restez pas chez vous !

On attend… On attend quoi déjà ? J’ai l’impression d’attendre Godot, il ne se passe rien ! Profitons de la piscine.

Une information circule à grande vitesse dans la communauté expatriée et achève probablement de convaincre les derniers septiques : le personnel travaillant à l’ambassade américaine est regroupé dans un immeuble « sécurisé » et ceux qui préfèrent partir on droit à un billet d’avion A/R pour leur destination aux US.

Sur Facebook, la nouvelle blague c’est de publier une photo de chaise en plastique tombée par terre et de commenter « Mathew est passé dans mon jardin ». Internet, nous relie nous qui sommes calfeutrés dans nos maisons. Savons nous encore vivre sans ce lien ?

Il pleut trois gouttes. Tiens je vais faire des pains aux raisins. Nous décidons d’avancer l’anniversaire de notre fils de quelques jours, on a tout le temps de préparer un beau gâteau et de profiter des nouveaux jouets.

Nous nous couchons samedi soir en pensant être réveillés pendant la nuit. Mais il n’en est rien ! Mathew a changé ses plans, il a pris une trajectoire vers le Nord plus tôt que prévu… et va visiter Haïti plutôt que la Jamaïque.

Nous passons le dimanche et le lundi suivants à nous dire que même les bords de l’ouragan doivent être très forts, que la queue d’un ouragan c’est terrible… mais non, il ne se passe toujours rien. On voit à la télé des reportages sur de grosses vagues, de grosses pluies dans certaines régions de l’île, mais pas d’ouragan.

Mardi la vie reprend doucement. Mercredi la vie reprend complètement, je dépose les enfants à l’école et je rentre à la maison… et là, je me rends compte que l’ouragan, c’est dans la maison qu’il a eu lieu !

Quatre jours confinés : tous les meubles déplacés, les sacs, les serviettes pour éponger, les bougies et lampes… mais aussi les jouets… il y en a partout ! l’expression « upside down » prend tout son sens soudainement. J’ai un peu le sentiment de « tout ça pour ça ».

Mais je m’y mets sans me plaindre. Haïti, où des gens habitent encore sous des toiles de tentes suite au dernier tremblement de terre, va être la prochaine cible de Mathew. Je me sens triste pour ces gens, et comme beaucoup d’habitants de la Jamaïque, j’éprouve presque de la culpabilité à leur égard. Ils n’auront pas notre chance.

Il y aura un millier de morts et des villes dévastées.

Les jamaïcains se sont mobilisés pour collecter et envoyer de l’aide. Ils ont aussi remercié Dieu / la Providence de les avoir épargnés. Tous n’avaient qu’un mot « Thanks », « Thanks Lord »… jusqu’à cette surprenante publicité parue dans le journal dès le mercredi :

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Quatre mois après on n’en parle plus. J’écris cet article en faisant appel à mes souvenirs, je me rends compte que personne ne m’a parlé de Mathew depuis Mathew et pourtant c’était mon premier ouragan de catégorie 5 !!

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