Le business model autour de l’ambassade Américaine

Autour de l’ambassade américaine de Kingston, s’effectuent des transactions qui pourraient faire l’objet de sorties scolaires illustrant les cours d’économie sur les théories libérales…

On y trouve :

  • un besoin : accueillir les personnes ayant rendez-vous à l’ambassade pour leur visa,
  • une offre : tout un tas d’autres personnes prêtes à rendre de menus services pour gagner un peu d’argent,
  • un marché : dans les rues en face de l’ambassade…
  • et tout ce business se fait bien sûr sans intervention étatique !

La Jamaïque n’est pas sur la liste des pays dont les ressortissants peuvent obtenir un visa de visiteur aux USA en remplissant un formulaire sur internet (ESTA). Les jamaïcains doivent donc se déplacer à l’ambassade pour avoir leur visa, parfois même (si les agents des services concernés estiment que c’est nécéssaire) pour passer un entretien visant à sonder leurs intentions réelles et le risque d’un non retour au pays.

Ils sont nombreux à venir accomplir ces démarches. Ils arrivent en avance pour ne pas manquer leur rendez-vous : une opportunité de voyage aux USA est quelque chose d’important et de sérieux, il n’est pas question d’être en retard (contrairement à tout un tas d’autres circonstances où être en retard n’est pas si grave).

Le trottoir le long de l’ambassade est aménagé pour faciliter l’entrée dans l’ambassade, il est propre, décoré par quelques fleurs et un abri courant tout le long du mur assure de l’ombre aux personnes dans la queue, des gardes sont là pour la sécurité et les renseignements.

La salle d’attente de l’ambassade ayant une capacité limitée, les personnes sont autorisées à y entrer par groupe de rendez-vous. Le groupe des rendez-vous suivants attend sur le trottoir à l’extérieur… et tous les autres sur le trottoir d’en face…

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Mon marché se situe donc sur le trottoir d’en face… c’est moins joli, moins propre… et les jours de rendez-vous, ça grouille !

Vous êtes jamaïcain et vous avez rendez-vous à l’ambassade pour un visa ? Voici comment ça va se passer avant de rentrer :

Première étape : arriver…

Les rendez-vous sont le matin, à partir de 7H30. Quand nous passons sur le chemin de l’école, cet endroit est bondé. C’est une route de deux voies sur laquelle les voitures roulent parfois vite. Les taxis, les bus s’arrêtent sur la voie de gauche (nous roulons à gauche en Jamaïque) et déposent des personnes qui en général restent sur la route un peu comme sur une piste d’atterrissage, le temps de se rendre compte de ce qu’elles ont à faire… ah oui, monter sur le trottoir.

Pour ceux venus en voiture, il faut se garer… mais dans cette foule, les taxis qui arrivent, les bus qui repartent, on n’y voit pas très clair. C’est là qu’interviennent mes premiers agents économiques : les rabatteurs de parking. Vêtus d’un gilet fluo qui doit les rendre invincibles, ils prennent de gros risques en n’hésitant pas à avancer au milieu de la route et à faire de grands signes pour indiquer la rue où leur collègue surveillera votre voiture. Ils crient, agitent les bras et s’avancent vers le milieu d’autant plus qu’ils sont nombreux et que la concurrence est rude.

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Les premières fois ils m’ont fait très peur : j’avais beau leur faire signe que je n’avais pas besoin de parking, ils étaient toujours sous nos roues. Et puis une copine jamaïcaine m’a donné l’astuce : évite tout contact visuel, ainsi ils sauront que tu ne cherches rien si ce n’est à continuer à rouler… cela marche très bien, enfin pour l’instant nous n’avons écrasé personne !

Revenons à nos demandeurs de visas. Une fois qu’ils sont arrivés, s’ils sont en avance, ils doivent attendre à l’extérieur que leur groupe de rendez-vous soit invité à entrer dans l’ambassade.

 

Deuxième étape : attendre en dehors de l’ambassade…

Et c’est là que la demande a surement créé son offre… voici la liste des services proposés pour vous rendre cette attente plus facile :

  • location de chaise (en plastique), à l’ombre 100 dollars

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  • toilettes hommes, femmes… 50 dollars (22 centimes d’euros)

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  • bar restaurant et parking « The Ambassador »

  • snaks : bananes, cacahouètes…

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  • journaux

  • photos d’identité 500 dollars
  • consigne de téléphones 200 dollars (voir 3ème étape)

 

Troisième étape : confier les objets interdits à l’intérieur (mais si indispensables à l’extérieur) à une personne de confiance…
Les téléphones sont interdits à l’intérieur du bâtiment ! Horreur, vous imaginez ? Certains font le choix de venir accompagnés d’un gardien de téléphone qui restera attendre à l’extérieur…

Autre option : le confier aux  dames qui ont des chapeaux à bord larges et s’installent sur le terre plein au milieu de la route.  Elles les mettent dans un sac ziplock (les jamaïcains adorent ces sacs et s’en servent pour tout)… ZIIIIP… et hop dans leur grand sac. Là où elles sont placées, elles sont à la vue de tous : pas question de s’échapper ou d’être la victime d’un pickpocket.

Vous pouvez même laisser votre sac à main !

 

L’heure du rendez-vous approche… il est alors temps de changer de trottoir et de se mettre à l’ombre sous l’abri, passer les contrôles de sécurité et s’assoir dans la salle d’attente de l’ambassade !

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Qu’en  sera-t-il dans quelques mois, dans un an ? La politique d’immigration de Donald Trump aura-t-elle des effets de bord sur cette petite économie greffée sur l’ambassade américaine ?

… Rappelez moi de vous tenir au courant !

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